Antiquité

Lors d'un défoncement, dans les années 70, on a découvert une sépulture datant probablement de l'âge de fer, elle contenait un mobilier très fruste et des plats de poterie grossière contenant des restes humains à demi calcinés. Unique sur St Martin, ce type de trouvaille est courant sur les communes de Montagnac et de Pezenas. Le site de St Martin se prêterait assez bien d'ailleurs à un point de passage pour des nomades ou même à un habitat sédentaire car il y surgit une source, point d'eau rare dans la région. 

Ce point d'eau a été utilisé par les romains comme en témoigne une canalisation en mortier rouge qui longe le mur nord du château. Le chanoine Giry mentionne l'existence d'une villa romaine à St Martin, desservie par le "Cami Roumiou". Des tegulae, briques à rebord typiques, sont exhumées régulièrement d'un champ proche de la source.

Enfin, la chapelle de St Martin, sise sur un rocher fort pratique dans un terrain relativement meuble à cause des affleurements de la couche aquifère, est composée de blocs de pierre de taille visiblement empruntés à un bâtiment plus ancien et probablement plus volumineux.


La Chapelle de St Martin

C'est cette chapelle romane qui permet de mieux situer le domaine dans l'histoire. On en entend parler pour la première fois sur un document du 11 Août 847 où sur la demande du compte d'Agde, Dagobert obtint du roi Charles le Chauve le tiers des droits domaniaux dont cette église avait été dépouillée par ses prédécesseurs. En 1123, Louis VII confirme les droits dont l'évêque avait joui dans les comtés de St Martin d'Aumes et de St Martin de la Garrigue. En 1174, Louis le Jeune donne la chapelle avec d'autres églises aux chanoines d'Agde. En 1216, Pierre de Bertrand confirme le don de quelques pâturages fait par Bernard son frère, à Ermengaud, abbé de St Martin. Il est à nouveau question de St Martin en 1754 quand Monseigneur de la Châtre décréta l'union du prieuré de St Martin de la Garrigue et de la chapelle de Bessan au petit séminaire de Pézenas, afin qu'il en touche les revenus. Accord confirmé par lettres patentes du roi , le 17 février 1754. 

Le directeur du séminaire d'Agde voulant augmenter ces revenus, le chevalier de Grave lui fait en 1787 une réponse détaillée qui nous apprend beaucoup sur le St Martin de l'époque. Au moyen âge et jusqu'au XVIIIe siècle, l'église dont dépendait l'important territoire de ce prieuré fut paroisse avec cimetière autour. Elle fut désaffectée au XVIIIe siècle. St Martin faisait partie du manse épiscopal dont le prieur était l'évêque, lequel nommait un vicaire à portion congrue. Le prieur était chargé du service des messes le dimanche et jours de fête.

on comptait cinq dîmes dans le territoire de Montagnac, dont celle de Notre-Dame, la deuxième étant celle de St Martin de la Garrigue dont jouissaient les chanoines d'Agde, avec celle de St Pierre de Padiran au troisième rang. Dans le Cartulaire d'Agde 252, on relève une liste des prieurs et vicaires perpétuels (Ecclesia San Martin de Garriga), de 1596 à 1790.

Le prieuré de St Martin était divisé en St Martin le Haut et St Martin le Bas. Nombre de métairies en dépendaient, notamment la Coulette, La Brifaude, Val-Joyeuse, une partie de la Madone et de Brignac, totalisant en tout quatre vingt habitants.


Alliances et Successions

Divisées jusqu'à l'oubli au Moyen Age, les terres de St Martin appartiennent en 1214 aux frères Raimond et Pierre de Roquefixe. En 1270, les coseigneurs de St Martin étaient Jean Pierre et Raimond de Montagnac, Odet et Imbert de Roquefixe, Bernard et Aymeric de Roger. Les choses se compliquent avec les successions et l'introduction en 1352 de la famille Mallet. Le patrimoine s'unifie petit à petit, pas sans peine comme le démontre l'interminable procès qui opposa la famille de Brignac à la famille Reynard qui acquit le domaine en 1607. Il ne reste alors que les de Grave et les Reynard dont le gendre liquida les biens par la suite. 

Le 28 avril 1700, la terre devenait la propriété de Jean de Reynes, vaillant guerrier en bonne place parmi les gloires de Montagnac. S'étant distingué dans plusieurs batailles, notamment aux cotés de Turenne, son courage et ses faits d'armes lui valurent des lettres de gentilhomme données par le roi en 1681. Sans héritier par ses fils, l'ancien mestre de camp vit sa descendance assurée par sa fille qui épousa François de Rey, officier au régiment de Navarre, puis bailli de Montagnac. Marie et François, nouveaux seigneurs de St Martin, eurent trois enfants. Antoine, l'aîné, reçut la portion de sa mère sur le fief de St Martin, dont elle était cohéritière avec son frère survivant. Ce qui créa, de 1748 à 1760, entre neveux et nièces les épineux problèmes d'une succession imbriquée dans un patrimoine partagée avec les de Grave.

Les de Grave, dont l'origine se perd dans la nuit des temps ou des écrits, "firent partie de ceux qui prouvèrent à Simon de Montfort que l'indépendance Languedocienne ne s'aliénait pas facilement... ce qui leur avait valu d'être dépossédés en 1231 de leurs biens sis dans les Corbières". L'un des descendants de cette famille, Bérenger, fonda une branche dans le Biterrois. Son petit fils Antoine était qualifié de seigneur de St Martin entre deux eaux et de Villeneuvette. De père en fils, les de Grave se passent le flambeau, leurs armes sont enregistrées comme "seigneurs de la garrigue". En 1761, la vente du domaine par les Rey s'étant avérée comme la seule solution convenable à des contestations sans fin, Pierre de Grave devient l'heureux acquéreur du fief et des droits attachés, avec l'engagement de payer quatre cavaliers au prince de Conti.

En 1787, les biens des de Grave furent déclarés biens nationaux et vendus comme tels.

Le 1er Ventose de l'an V du calendrier républicain, le citoyen Pierre Saphore, riche négociant Sétois, se propose pour l'acquisition du domaine, effective le 2 Frimaire. Le domaine fut conservé entier jusqu'a sa vente par la veuve de Saphore en 1817 à un aubergiste de Montagnac, Jean Nourrigat, père de dix enfant. En 1831, un Monsieur Fabry lui succède, puis une Madame Thomas, qui se sépare rapidement du domaine.

Le 9 juillet 1869, Jean Marie Alfred de Serre, marquis d'Alfonce et sa femme Antoinette de St Phalle achètent les 160 hectares de St Martin de la Garrigue pour 210 000 francs.Ils en goûtèrent les fruits plus que tout autre propriétaire, le marquis d'Alfonce de Serre devenant même maire de Montagnac. Des difficultés économiques grandissantes forcèrent en 1905 le marquis à consentir un bail à mi-fruit sur son bien qu'il perdit quand Monsieur Gouzet, adjudicataire du domaine, le vendit à Monsieur Ollier. Ce dernier vendit St Martin de la Garrigue à son tour, en 1921 au docteur Bergé.


XXeme Siècle

Le docteur Bergé, amoureux de vieilles pierres conserva St Martin presque jusqu'a sa mort et y effectua d'importants travaux. On lui doit l'aspect actuel du château ainsi que ses plus beaux éléments, comme son grand salon et son escalier monumental, emprunté à l'ancienne mairie de Montagnac.

En 1975, les Henri, viticulteurs à Tressan, acquièrent St Martin à travers la SAFER. Le domaine est en décrépitude avancée, les vignes abandonnées, le château presque en ruine. Pendant quinze ans, ils ne ménageront aucun effort pour redonner à leur domaine la grandeur qu'il mérite, replantant à tour de bras et commençant une production en bouteille qui deviendra vite fameuse. A la suite de dissensions familiales, ils seront obligés de vendre en 1990 au docteur Binet, médecin parisien à la retraite et homme d'affaires avisé. Vite passionné par le vin, il se rendra compte cependant qu'il a entre les mains une entreprise à la rentabilité incertaine et nécessitant encore de nombreux investissements. La mort dans l'âme, il vend à son tour, après six mois de négociations acharnées à la famille Guida.

Ceux-ci sont arrivés préparés, ayant fait appel à des investisseurs extérieurs pour monter un tour de table réunissant les ressources nécessaires pour faire monter St Martin parmi les meilleurs.

Le vignoble est acheté en novembre 1992. En mars 1993 commence la démolition de l'ancienne cave, plusieurs fois centenaire mais menaçant de s'écrouler. En août, une nouvelle cave moderne et un superbe chai à barriques sont prêts à accueillir la première récolte qui, don du ciel, s'avérera exceptionnelle.

Depuis, St Martin de la Garrigue a été complètement rénové et fait concurrence en esthétique et en qualité aux meilleurs domaines vinicoles de France. Un vaste programme de replantation est en cours sur le vignoble qui réunit aujourd'hui dix-neuf cépages différents. Ses vins sont vendus dans vingt pays et sont présents sur les meilleures tables.


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